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Compagnie Issue #17 · 2026 · 4 min read

Winair : 65 ans de nouveaux horizons

Winair : 65 ans de nouveaux horizons

Depuis sa création à Saint-Martin, Winair accompagne le développement du transport aérien régional, reliant îles et populations à travers la Caraïbe. Portée par des pionniers audacieux, des équipes engagées et une capacité constante à se réinventer, la compagnie a relevé des défis pour devenir un acteur clé du ciel caribéen.

Le 24 août 1961, une nouvelle page du transport aérien s’écrit dans le nord-est de la Caraïbe : la Windward Islands Airway, plus connue sous le nom de Winair, voit le jour à Saint-Martin. À cette époque, la partie sud de l’île constitue l’un des cinq territoires des Antilles néerlandaises. Un cadre institutionnel appelé à évoluer, puisque l’île changera de statut en 2010 pour devenir un pays constitutif autonome du Royaume des Pays-Bas.

L’ère des pionniers

Jusqu’en 1946, Saint-Martin dépend exclusivement du transport maritime pour les passagers, le courrier et les marchandises. Peu à peu, des pilotes pionniers ouvrent la voie en assurant les premières liaisons aériennes avec les îles voisines. Il faudra toutefois attendre plus d’une décennie pour que des entrepreneurs perçoivent pleinement l’intérêt de structurer un service aérien régulier au départ de Saint-Martin.

L’un de ces pionniers s’appelait George Gréaux, originaire de Saint-Barthélemy, située à une trentaine de kilomètres au sud-est de Saint-Martin. Aux commandes d’un Cessna acquis par son père, il met en place des liaisons régulières à travers le Nord-Est de la Caraïbe. À la même période, un autre natif de Saint-Barthélemy, Hippolyte Ledée, développe lui aussi des services aériens entre plusieurs îles de la région.

En 1960, le passage de l’ouragan Donna bouleverse leurs activités, leurs appareils étant sévèrement endommagés. Cet événement marque un tournant : les deux hommes choisissent alors d’unir leurs forces et fondent ensemble la compagnie Gréaux et Ledée Air Services, GLAS.

La naissance de Winair

Le succès rencontré par GLAS incite rapidement George Gréaux et Hippolyte Ledée à envisager une nouvelle étape. Ils entament des discussions avec Norman « Chester » Wathey autour du développement des liaisons aériennes dans la région. C’est finalement au Lido, bar emblématique de Phillipsburg, capitale de Saint-Martin, que les trois entrepreneurs scellent leur accord et décident de lancer Winair. Peu après, la jeune compagnie se présente avec une promesse publicitaire claire : « la compagnie aérienne idéale pour le tourisme d’île en île ».

Dès ses premières années, Winair étend progressivement son réseau, reliant Saint-Barth, Saint-Thomas, Saint-Kitts, Anguilla, la Guadeloupe et Saint-Eustache. Le 18 septembre 1963, la compagnie marque une étape importante en assurant son vol inaugural vers Saba, devenant la première et unique à proposer une liaison régulière avec cette île. Pour desservir les pistes particulièrement courtes de Saba et de Saint-Barthélemy, Winair doit s’équiper d’appareils adaptés aux décollages et atterrissages courts, dits STOL (Short Take-Off and Landing). La compagnie débute ainsi ses opérations avec le Dornier Do-28, parfaitement adapté à ces contraintes.

En 1965, le groupe d’entrepreneurs fait l’acquisition de l’appareil qui deviendra emblématique de la compagnie, le de Havilland Canada DHC-6 Twin Otter. George Gréaux se souvient avec précision de l’impression que lui a faite cet avion lors d’un salon aéronautique à Paris. « Je savais que c’était l’appareil idéal pour notre compagnie aérienne », raconte-t-il. « Je n’ai pas hésité et j’ai signé sur place. »

Un homme au cœur de l’histoire

Le capitaine Pipe, surnom affectueux donné à Jose Dormoy, fut le premier pilote employé à temps plein par la compagnie. Au fil des années, il cumule en moyenne 150 heures de vol par mois, atteignant un total remarquable de 37 000 heures, dont 18 000 aux commandes de Twin Otter.

Son expérience fait de lui, à son époque, le seul pilote en qui la reine néerlandaise Juliana des Pays-Bas, puis plus tard Beatrix des Pays-Bas, acceptent de faire confiance pour rejoindre Saba. La reine Juliana le distingue d’ailleurs en lui remettant l’Ordre d’Orange-Nassau, une reconnaissance rare, habituellement réservée aux ressortissants néerlandais, alors que le capitaine Pipe était français. Une distinction que nul ne conteste, tant les vies qu’il a sauvées au cours de sa carrière sont nombreuses, lui qui répondait présent, de jour comme de nuit, à chaque situation d’urgence.

Croissance et structuration

Dans les années 1970, Winair développe son réseau régional en exploitant un Fokker Fairchild F-27 vers San Juan, la Guadeloupe, la Martinique et Sainte-Lucie. À cette époque, les liaisons vers San Juan rencontrent un franc succès, la ville constituant alors un hub majeur d’American Airlines pour les vols en provenance des États-Unis et les correspondances vers le reste de la Caraïbe. Cette dynamique se maintient jusqu’en 1974, lorsque la guerre au Moyen-Orient, la hausse du prix du carburant et l’apparition de vols directs depuis les États-Unis vers Saint-Martin et d’autres destinations rendent la route de San Juan moins pertinente.

En 1976, le gouvernement des Antilles néerlandaises reconnaît la nécessité d’assurer une desserte aérienne fiable entre les îles. Winair passe alors du secteur privé sous contrôle gouvernemental.

Au cours des années suivantes, Winair traverse des périodes plus difficiles, tout en parvenant à redresser la situation à chaque étape. Dans les années 1980, la compagnie mise sur le développement de partenariats et de partages de services, apportant de nouveaux avantages aux passagers.

Demeurent constants dans l’histoire de Winair, l’engagement, la passion et la fierté des équipes. Chaque défi est relevé avec résilience, la capacité à s’adapter s’impose naturellement, et renoncer n’a jamais fait partie des options.

Ouverture et reconnaissance

En 2010, l’actionnariat de Winair est réparti entre Saint-Martin, qui détient 92 %, et les Pays-Bas, à hauteur de 8 %. Le Premier ministre met alors en place un comité ad hoc chargé d’examiner la situation de l’entreprise, d’en évaluer les perspectives et de formuler des recommandations sur sa viabilité. Un an plus tard, de nouveaux statuts sont adoptés, suivis de la nomination d’un conseil de surveillance et d’une nouvelle équipe de direction, appelés à piloter la compagnie. À cette période, les liaisons opérées depuis l’aéroport international Princess Juliana desservent Saba, Saint-Eustache, Saint-Barthélemy ainsi que Saint-Kitts-et-Nevis.

En 2014, Winair franchit une étape importante en signant un accord de partage de code avec Air France, suivi en 2017 d’un accord similaire avec KLM. Une réussite notable pour une compagnie de cette taille, qui témoigne de la détermination et de l’engagement de ses équipes à garantir un transport aérien sûr et fiable, après avoir satisfait avec succès à des exigences strictes et à des audits rigoureux.

Le 11 novembre 2015, à l’occasion de la commémoration de l’armistice de la Première Guerre mondiale et en hommage aux soldats tombés au combat ainsi qu’à ceux engagés pour la liberté de la France, la Collectivité de Saint-Barthélemy organise une cérémonie dédiée aux pionniers de l’aviation ayant contribué au développement de l’île. Parmi eux figurent José Dormoy et Rémy de Haenen, le capitaine Faustin Ledée, premier natif de Saint-Barthélemy à obtenir une licence de pilote, ainsi que George Gréaux, membre fondateur visionnaire de Windward Islands Airways. Tous sont salués dans le discours d’ouverture du président Bruno Magras, qui rend hommage à leur contribution majeure à l’histoire de l’île.

Continuité et rebonds

L’année 2017 reste marquée par les ravages des ouragans Irma et Maria. Plusieurs destinations desservies sont touchées, tout comme les bureaux de la compagnie et l’aéroport international Princess Juliana. Malgré l’ampleur des dégâts, Winair parvient à se relever rapidement. Au cœur des décombres, la compagnie réussit à relancer ses opérations vers la majorité de ses destinations en seulement huit semaines.

Au cours des années suivantes, Winair parvient, contre toute attente, à se redresser jusqu’à desservir 16 destinations en 2019 : Antigua, Aruba, Bonaire, Curaçao, Dominique, Guadeloupe, Haïti, Nevis, Saba, San Juan, Saint-Domingue, Saint-Barthélemy, Saint-Eustache, Saint-Kitts, Saint-Martin et Tortola. Quand la pandémie de COVID-19 mettait le monde et l’industrie aéronautique à genoux, la compagnie constatait que l’innovation et la créativité émergeaient partout. Malgré des difficultés toujours présentes, elle restait positive et tournait son regard vers l’avenir avec espoir, détermination et engagement.

Forte d’une flotte composée de cinq De Haviland Twin Otter et de quatre ATR 42, la compagnie assure aujourd’hui plus de 25 000 vols et transporte plus de 320 000 passagers chaque année.

Aucune entreprise ne traverse plus de six décennies sans le soutien de ses clients fidèles. Winair tient à leur adresser toute sa reconnaissance pour la confiance accordée au fil des années. Cet engagement encourage la compagnie à poursuivre ses efforts, afin d’offrir une expérience de voyage soignée dans les Caraïbes, avec un même souci de sécurité et de fiabilité.

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